Le colvert d'Amiens : renouveau d'un centre commercial

Le projet de nouveau centre commercial du Colvert veut dynamiser l’ensemble du quartier et en faire un lieu de vie et de services pour les habitants.

Pour répondre aux besoins des habitants

Maire d’Amiens, Brigitte Fouré évoque la métamorphose à venir du centre commercial et ses ambitions pour un quartier qui regarde vers demain.

  • Plus qu'un centre commercial : une locomotive pour le quartier nord d'Amiens

« Le centre commercial du Colvert avait vécu. Coeur du quartier avec le centre commercial Guynemer, il avait besoin d’une transformation. » Maire d’Amiens, Brigitte Fouré évoque avec sincérité le passé, le présent et l’avenir du centre commercial qualifié de « locomotive ».

Comme les quartiers nord, qui comptent près de 20 000 habitants, il datait des années soixante. Il était nécessaire de prendre une décision quant à son devenir. Vétuste, il sera détruit dans les prochains mois. En parallèle, les travaux pour le nouveau centre commercial commenceront dès l’automne.

Ce projet est le fruit d’une réflexion menée en collaboration entre les architectes urbains, la ville, Amiens-Métropole, la CCI Amiens-Picardie, l’Epareca (Établissement public national d'aménagement et de restructuration des espaces commerciaux et artisanaux) en partenariat avec l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine), les commerçants et les habitants, qui l’ont plébiscité.

Il va notamment de pair avec la démolition de grandes barres et la reconstruction de logements esplanade du Colvert. Il va redynamiser un quartier, situé en zone franche, qui possède de beaux équipements emblématiques comme l’Odyssée, dédié aux enfants et aux jeunes, la mairie de quartier Atrium - avec sa pépinière d’entreprises - mais aussi la piscine Le Nautilus, qui abrite une fosse de plongée.

  • Un projet d’urbanisme plus large

L’avenue de la Paix deviendra une artère emblématique : « Des arbres seront plantés, informe Brigitte Fouré. Les commerces auront une terrasse. Ce sera un plus pour le quartier. La présence d’Epareca prouve que l’Etat trouve ce projet intéressant et lui donne du sens. Nous montrons aux habitants que nous nous préoccupons de leur avenir. L’espace sera plus confortable et convivial pour le marché du dimanche matin. »

Pour elle, la désertification commerciale ne concerne pas seulement les secteurs ruraux : « Le but est que les habitants trouvent leurs besoins basiques dans un quartier où beaucoup d’entre eux rencontrent des problèmes de motorisation, conclut-elle. Il est nécessaire d’aménager des quartiers qui comptent des logements, de l’activité économique et commerciale. C’est cela leur vie. Il n’y a pas de raison pour que ce soit différent dans les quartiers nord. »

Les CCI pour les quartiers

CCI France et Epareca ont signé en 2016 une convention de partenariat qui prolonge plus de 20 ans d’engagement des Chambres de Commerce et d’Industrie dans le développement économique des quartiers, notamment à travers leur accompagnement des entreprises dans les zones franches urbaines – Territoires Entrepreneurs. Ce partenariat leur donne par exemple la possibilité d’intervenir en appui de la commercialisation, de valoriser les équipements restructurés et de participer à toutes les réflexions contribuant à la redynamisation commerciale des quartiers les plus fragiles.

La vision de Valérie Lasek, directrice générale d’Epareca

Entreprises 80 : Quel est le rôle d’Epareca ?

Valérie Lasek : Epareca est un établissement public national chargé de restructurer les locaux dédiés au commerce et à l’artisanat dans les quartiers de la politique de la ville. En ce sens, il joue un rôle de promoteur immobilier public pour intervenir aux côtés des collectivités locales quand l’initiative privée fait défaut. Son rôle est de prendre en charge la dimension économique des projets de renouvellement urbain. Selon les cas, Epareca agit en maîtrise d’ouvrage directe ou acquiert auprès des bailleurs, promoteurs ou SEM les volumes concernés. A la livraison, il assure l’exploitation et une gestion locative adaptée des espaces ainsi restructurés, pendant le temps nécessaire à la stabilisation des activités. In fine, l’ensemble immobilier a vocation à être revendu à un investisseur, permettant à Epareca de réengager ses fonds propres sur de nouvelles opérations.

E80 : Comment Epareca a été associé au projet du Colvert ?

V.L. : Comme pour toute intervention, notre établissement a été saisi de longue date par les élus, en l’occurrence sur plusieurs problématiques commerciales amiénoises, dans les quartiers Nord et Ouest. Le centre commercial du Colvert, du fait de son potentiel de redéploiement et de la rénovation urbaine de l’ensemble de l’ilot, réunissait les conditions favorables à un investissement d’Epareca sur le long terme.

E80 : Quels sont les enjeux de ce projet ?

V.L. : Au-delà de la réalisation du bâtiment neuf, la maîtrise foncière des locaux actuels et les conditions de transfert des commerces, en partenariat avec la Ville et la Métropole, étaient primordiales. Pour nous et la collectivité, il était essentiel que ces commerces restent ouverts, parce qu’ils constituent l’armature sociale du projet et seront au cœur de la transformation urbaine du quartier.

Recherche boulanger

Un appel à candidature est lancé pour ouvrir une boulangerie sur le nouveau centre commercial. Le local neuf de 140 m² sera disponible au troisième trimestre 2019.

L’emplacement est numéro un, en angle, à des conditions locatives favorables (ZFU « territoire entrepreneur », bail commercial 3-6-9 sans frais ni honoraires ni droit d’entrée).

La boulangerie sera située en cœur du quartier avec une zone de chalandise primaire de 7 000 habitants.

Renseignements : Christophe Melikèche au 03 28 52 13 13 ou Nadia Bouché au 03 28 52 13 15
www.epareca.org/locaux-a-louer ou www.amiens.fr

Un chantier très attendu

La métamorphose du centre commercial du Colvert à Amiens se fera en trois tranches.
  • Les travaux débuteront en octobre

Epareca est en charge de la réalisation sous maîtrise d’ouvrage directe d’un bâtiment de 1 000 m² qui verra le jour en face de la mairie de secteur l’Atrium. Les travaux débuteront en octobre.

Neuf activités y seront hébergées : deux boucheries (aux activités complémentaires), un poissonnier, un tabac presse, un commerce multi-services, une boulangerie, un salon de thé, une pharmacie et un distributeur de billets sur des surfaces allant de 70 m² et 300 m².

Sept commerces de l’actuel centre commercial du Colvert seront transférés à la livraison prévue à l’automne 2019.

Coût de cette première tranche supportée par Epareca : 3,8 millions d’euros. La ville, qui destine 13,73 millions d’euros au projet, procédera ensuite à la démolition du centre commercial ce qui donnera naissance à une vaste esplanade qui accueillera le marché du dimanche : « Pour nous et la ville, il était essentiel que les commerces de proximité restent ouverts, assure Aurélien Lemaire, responsable de programme chez Epareca. Le quartier va gagner une nouvelle image avec des logements et des commerces de qualité. C’est un projet ambitieux mené par une diversité d’acteurs. »

En effet, dans le même temps, la Maison du CIL va consacrer 20 millions d’euros à la construction d’environ 84 logements en location ou en accession à la propriété. La seconde tranche de travaux (livrée en 2020) prévoit la construction d’un immeuble de 14 logements rue Winston-Churchill, au rez-de-chaussée duquel 500 m² de commerces s’implanteront, dont une supérette de 400 m² sous enseigne nationale.

Epareca va investir plus d’un million d’euros dans l’implantation de ces nouvelles activités. Un dernier immeuble comprenant une dizaine de logements et six commerces en rez-de-chaussée (surfaces comprises entre 80 et 100 m²), sera érigé pour un montant d’investissement identique d’Epareca. Il pourrait accueillir des commerces de bouche, d’habillement, de services… Epareca sera propriétaire-bailleur de l’ensemble des cellules commerciales pour une durée de cinq à huit ans.

  • Les commerçants impatients

Gérant du point muti-services du centre commercial du Colvert, Phone Point Net, Abdelkhalek Mahraz est pressé de voir les travaux s’achever et de déménager dans ses nouveaux locaux de 70 m² qui devraient se situer face à la mairie de secteur Atrium. Natif des quartiers nord, il tient son commerce depuis une quinzaine d’années. Il est spécialisé dans la téléphonie (vente neuf et occasion, reprise, réparation, déblocage…), l’impression, la photo, le transfert de fonds vers l’international…

Son commerce abrite aussi un point informatique permettant aux clients d’aller surfer sur Internet ou de réaliser des démarches administratives.

Pour Abdelkhalek Mahraz, qui emploie un salarié, hors de question de quitter son quartier d’origine et sa clientèle auxquels il est très attaché : « Nous avons demandé à rester sur place, explique t-il. Nous sommes là pour rendre service aux habitants, pour les aider dans leurs démarches. Nous resterons ouverts durant les travaux et nous déménagerons quand ils seront terminés. C’est un beau projet, quelque chose de sérieux. Nous avons hâte que ça se fasse. Ce ne sera que du positif ! »

Maître d'ouvrage : EPARECA
Maître d'oeuvre : Lykken Architectures + OTE-OTELIO