Dans les starting blocks des jeux olympiques

Les acteurs de l’économie et du sport étaient réunis le 5 décembre dernier à la CCI Amiens-Picardie pour entendre Etienne Thobois, directeur général du Comité d’organisation des JO 2024  dans le cadre d’une rencontre organisée en partenariat avec le Courrier Picard. L’occasion de faire le point sur les atouts de la région et les enjeux économiques.

Les jeux doivent rayonner sur les territoires

Etienne Thobois, directeur général du Comité d’organisation des jeux olympiques, a choisi sa ville de naissance, Amiens, pour sa première rencontre avec les acteurs locaux. A la CCI Amiens-Picardie, le 5 décembre dernier, devant un parterre de près de 200 chefs d’entreprise, il a présenté l’ambition de Paris 2024 pour la France et pour les territoires.

« Les jeux olympiques, ce sont des chiffres qui donnent le tournis : 206 pays représentés, 25 000 journalistes, 42 000 chambres d’hôtels, 4 milliards de téléspectateurs, 13 millions de billets vendus pour 50 sports. Les budgets aussi sont impressionnants : 3 milliards pour les infrastructures, 3,8 milliards pour l’organisation et 10,7 milliards de retombées économiques », lance Etienne Thobois.

De quoi faire rêver les amateurs de sport, mais aussi les entreprises… Evidemment, les jeux 2024 sont ceux de Paris, disséminés dans la ville, pour promouvoir notre patrimoine et nos savoir-faire. « Ce sera une vitrine de la marque France et l’occasion pour tous de conquérir de nouveaux marchés à l’étranger. » Mais l’ambition des organisateurs, c’est de mettre l’énergie des jeux au service de tous et de l’étendre à l’ensemble des territoires. « Ensemble, collectivités locales, pouvoirs publics, entreprises, nous allons essayer d’orchestrer des projets. Nous avons créé un label Terre de jeux qui permet de soutenir des idées localement », confie Etienne Thobois.

Les entreprises se prennent aux jeux

Les entreprises doivent se mobiliser dès maintenant. Le secteur touristique doit se placer pour accueillir des délégations étrangères qui viennent se préparer en amont des jeux olympiques.

« Les 13 millions de spectateurs des jeux passent aussi du temps sur le territoire et font un peu de tourisme dans les environs », confie Etienne Thobois.

Mais c’est aussi la multitude d’appels d’offres lancés pour ces jeux qui intéressent les entreprises locales. « Londres est un bel exemple avec 98 % des chantiers qui ont été réalisés par des entreprises locales. Nous avons cette même ambition. Nous travaillons sur une plateforme qui expliquera aux entreprises françaises les démarches pour postuler aux appels à projets ou aux appels d’offres. Par exemple, nous ne pourrons contracter qu’avec les fédérations internationales, les entreprises qui veulent fournir du matériel doivent se faire connaître et agréer par chaque fédération… Il faut permettre aux entreprises de s’organiser et d’anticiper », prévient Etienne Thobois. Les entreprises locales sont déjà dans les starting-blocks !

Une opportunité extraordinaire

Pour Claude Fauquet, président du Comité régional olympique des Hauts-de-France, la région a tout à gagner.

« C’est magnifique. C’est une opportunité extraordinaire car la dernière fois que les jeux olympiques se sont déroulés à Paris, c’était il y a cent ans. Nous avons des atouts considérables. L’important sera d’être tous unis. » Président du Comité régional olympique des Hauts-de-France, Claude Fauquet va tout faire pour fédérer la région, les départements, les collectivités, les entreprises… derrière cet évènement unique, le deuxième en retombées médiatiques derrière la coupe du monde de football. « Nous allons avoir le privilège d’accueillir des gens du monde entier : 230 nations y participent. Culture, économie, sport, valorisation artistique… les jeux vont être un accélérateur dans divers domaines. »

Être dans la course

D’ici la fin de l’année, un recensement des équipements sportifs des Hauts-de-France sera finalisé. Ceux près desquels se trouvent des hébergements et des hôpitaux seront prioritaires pour accueillir des athlètes, des délégations : « La région est bien dotée, estime Claude Fauquet. Nous allons privilégier des pays qui ont déjà une histoire très forte avec la région, comme par exemple l’Australie. »

Outre l’aspect sportif, le tourisme devra être valorisé. Car les athlètes et les équipes sont entourés de parents, d’entreprises, d’accompagnateurs et de soutiens qui vont profiter de ces jeux olympiques pour découvrir la région. Si elle les séduit, ils reviendront par la suite. Mais pour cela il faut leur donner l’image d’une vraie identité et d’une véritable attractivité : « Ça se travaille en amont, affirme-t-il. Le Comité régional olympique et sportif est le seul capable de communiquer ces informations. Des territoires seront labellisés. Ce sera très intéressant de s’inscrire dans cette démarche, de montrer que nous sommes un partenaire expert ! »

Une base arrière pour les délégations

Le Comité régional de tourisme des Hauts-de-France compte bien profiter de la visibilité internationale et se positionner comme une base arrière des Jeux.

Pour Frédéric Leturque, président du Comité régional de tourisme des Hauts-de-France, les enjeux pour la région et les territoires en tant que sites d’entraînement et de prépara-tion Olympique sont divers : « La région bénéficiera d’une visibilité internationale grâce aux retombées mécaniques », estime-t-il. L’impact économique, selon lui, va être important. Il évoque les JO de Londres 2012 qui ont généré sur la région Nord-Pas de Calais 115 millions de retombées. Car 300 équipes ont été accueillies et 66 sites d’accueil ont été labellisés. « Il faudra construire un écosystème : équipements sportifs, équipements de santé, héber-gements, restauration, sécurité… de niveau international permettant l’accueil de stages d’équipes aussi en dehors des Olympiades », ajoute-t-il.

Des liens avec l’étranger

Il souligne aussi « les liens forts et vivants avec les nations engagées dans la Première Guerre mondiale, notamment la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie, la Nouvelle Zélande… sachant que plus les délégations seront issues d’un pays lointain, plus elles viendront tôt pour s’acclimater et plus elles resteront longtemps. Mais il faudra aussi jouer collectif ».

Par exemple, travailler en relation avec les universités de la région ; intégrer des étudiants de nationalité étrangère ; des étudiants en sciences et techniques des activités physiques et sportives et des pratiquants dans le dossier de candidature en cohérence avec les équipes et les pays ciblés. Lui aussi pense à l’après JO 2024 : « Nous devrons candidater pour recevoir des compétitions internationales dans des disciplines que nous aurons accueillies », conclut-il.

En avant « team Hauts-de-France »

Pour réussir ces jeux olympiques, la Région Hauts-de-France mise sur l’union de sportifs, du monde économique, des collectivités, des habitants… avant, pendant et après l’événement.

La création d’un comité de pilotage en gouvernance partenariale vient d’être annoncée pour le début 2019 « et un séminaire de travail à Liévin avant le mois de mars pour qu'en juin 2019 nous puissions proposer une vraie stratégie et une marque commune qui pourra être déclinée sur tout le territoire. On va faire la différence sur l'innovation », explique Florence Bariseau, vice-présidente en charge de la jeunesse, des sports et du tourisme au Conseil régional.

Pour le moment, une dizaine de sportifs dont le nageur olympique Jérémy Stravius ou le céiste de Saint-Laurent-Blangy dans l’Aisne, Thomas Simart, ambassadeurs à part entière, vont porter haut les couleurs de la région à travers une « team Hauts-de-France ».

« Les Hauts-de-France sont en train de bâtir une stratégie pour devenir centre de préparation olympique, explique Florence Bariseau. Cette stratégie repose sur une attractivité interne et externe. En interne, nous aurons réussi si nous rendons les habitants des Hauts-de-France acteurs de l’évènement. En externe, l’ambition est de réussir à attirer des délégations, des touristes. »

Une montée en puissance

La stratégie de la région va vraiment prendre sa vitesse de croisière après les jeux olympiques de Tokyo de 2020. Car ce sera à leur suite que les délégations viendront en repérage. Afin de faire naître un esprit olympique populaire autour de « territoire Hauts-de-France », qui deviendra une marque, un parcours de flamme pourrait être mis en place de même qu’une semaine olympique organisée.

Les lycéens seront aussi impliqués. Au fur et à mesure que l’évènement se rapprochera, les animations monteront en puissance : objectif se faire labelliser Terre de Jeux. 

Ces jeux se veulent aussi « devoir de mémoire » : « Si des sportifs Australiens, Anglais ou Canadiens viennent s’entraîner chez nous, ce sera un atout. Des liens forts nous unissent à ces pays. En dehors des compétitions, athlètes, entourage et « fans » pourront se rendre sur différents lieux de visites symboliques », précise Florence Bariseau.

Une réflexion va aussi être menée avec le monde économique afin de déterminer comment des entreprises pourront apporter leur soutien à l’évènement : accompagnement d’athlètes, mécénat de compétences… Enfin, la région comme d’autres acteurs pense déjà à l’après JO de Paris 2024 : « Que va-t-il rester ? Est-ce que le nombre de sportifs va augmenter ? », se demande l’élue. Réponse dans six ans…


Amiens est prête

Amiens va tenter sa chance pour la labellisation. L’ancienne capitale picarde a des atouts non négligeables. Dès septembre 2017, elle a lancé le dispositif « Amiens se prend aux jeux » : « Nous sommes à une heure de Paris. Nous avons une belle opportunité pour donner de la visibilité à la ville et sa métropole afin de participer à cette belle fête que sera l’Oympiade 2024 », assure Guillaume Duflot, vice-président d’Amiens Métropole en charge des sports. Que ce soit avant, pendant et après, Amiens ne veut pas rester sur le bord de la route. En rénovant ou en construisant de nouvelles infrastructures sportives, elle met toutes les chances de son côté pour accueillir des nations citons notamment la construction d’un pôle aquatique au sud. Inauguré fin juin prochain, il abritera notamment un bassin nordique olympique de 50 m comptant 10 couloirs et un bassin intérieur de 6 couloirs sur 25 m. Près de là, le stade d’athlétisme a été rénové. Une piste connectée a été aménagée. Sans compter, la seconde jeunesse donnée au stade de hockey sur gazon ou au vaisseau amiral Coliseum. L’offre hôtelière continue de se densifier en établissements 3 et 4 étoiles. La ville compte aussi un nouvel hôpital régional universitaire.
De son côté, la CCI Amiens-Picardie, au travers de sa commission santé, bien-être et sport, soutient la mobilisation des entreprises intéressées. Elle espère aussi des impacts économiques pour le territoire.